Le respect de la laïcité est au coeur des centres sociaux et espaces de vie sociale. Une formation a été dispensée aux professionnels et bénévoles du Lot-et-Garonne en juin 2024, confrontés de près ou de loin à des questionnements, et parfois les tensions, autour de ce sujet.
Donner une définition exacte de la laïcité est un exercice périlleux, y compris pour les professionnels qui l’appliquent au quotidien dans leurs structures. C’est ce qu’ont pu constater les salariés des centres sociaux et espaces de vie sociale (EVS) du Lot-et-Garonne qui ont participé à la formation sur la laïcité le 27 juin 2024, à Ayet, en partenariat avec la Cnaf (Caisse nationale d’allocations familiales).
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d’aider les acteurs de l’animation de la vie sociale à gérer les situations de manquement au principe de laïcité
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de faciliter la compréhension du principe de laïcité
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de favoriser une application sereine des principes liés à la laïcité et aux valeurs de la république
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La laïcité, « une boussole » dans toutes les actions
Sur le terrain, l’application de la laïcité ne pose le plus souvent pas de difficultés. Le respect de ses valeurs fait depuis toujours partie intégrante des actions menées par les centres sociaux et EVS. « C’est un peu la boussole à chaque fois que l’on met en place des activités », confirme Frédéric Issartel, référent parentalité à la MVCI de Miramont-de-Guyenne et membre de l’amicale laïque. Même chose pour l’EVS Abris à Casseneuil : « C’est une terre d’accueil depuis de nombreuses années, il n’y a jamais eu besoin de remettre ça en avant. Concrètement, ça ne pose aucun problème », assure Frédérique Colé, coprésidente de l’association. Les cours de français, par exemple, mélangent des immigrants de divers continents : Maghrébins, Polonais, Ukrainiens, Asiatiques… « Dès la crèche et la maternelle, les enfants sont habitués. »
Au Blue Box Coffee d’Agen, les tensions relèvent davantage de la mixité sociale entre des publics de différentes catégories socio-professionnelles que de la laïcité. Toutefois, les responsables du café sont attentifs et interviennent si nécessaire. « On pose le cadre, on évite le prosélytisme et les échanges politiques. On stoppe vite, on explique qu’on est une association loi 1901. Une fois qu’on les cadre, ça va », assure Mohamed Khaouda, le coordinateur.

Les piqûres de rappel sont cependant jugées utiles, voire indispensables. « Même au sein des milieux professionnels qui travaillent avec des enfants, des jeunes, des adultes, beaucoup de personnes se posent des questions sur ce qui relève de la laïcité ou pas. Il y a quand même des principes non discutables, ça fait du bien de se les entendre rappeler », admet Frédéric Issartel. « Un souci peut arriver à n’importe quel moment, c’est pourquoi j’ai trouvé intéressant de faire cette formation. Ça mériterait un rappel chaque année, c’est important », lance Sabrina Austruy, coordinatrice de l’EVS de Lavardac. « La formation a permis de rencontrer les partenaires du département, d’échanger sur nos pratiques et de voir ce qui se passe ailleurs », salue Mohamed Khaouda.
Menus différenciés, port du voile…
Certaines structures, justement, ont pu partager leurs expériences délicates. C’est le cas du centre social VME à Port-Sainte-Marie, qui accueille beaucoup d’adhérents issus des communautés maghrébine et portugaise, chez qui la religion tient une place importante. « À mon arrivée en 2014, il y avait des cours de français uniquement pour les femmes répondant à leur souhait. Pour moi, ce n’est pas vraiment entendable. On a finalement créé des cours mixtes et les femmes ont fini accepter la mixité. Si on explique, ça peut marcher », rapporte Bérangère Lassevils, la directrice de VME. Le conseil d’administration a aussi tenu à maintenir un repas unique pour les enfants du centre de loisirs, malgré des demandes de menus différenciés. « Il existait au début des listes « avec porc » et « sans porc » : dès qu’une personne avait un prénom à connotation marocaine ou était typée, elle était mise dans la seconde liste. Nous avons supprimé ce système », se félicite Bérangère Lassevils.
« La laïcité, c’est comme l’éducation populaire : c’est donner le pouvoir à chacun, dans un respect mutuel. La laïcité est émancipatrice » (Bérangère Lassevils, VME)
Autre cas délicat connu par VME, celui d’une adhérente voilée qui intervenait sur le Clas (Contrat local d’accompagnement à la scolarité) dans l’enceinte de l’école. Si le port de cet accessoire ne pose pas de problème au centre social, il en va autrement dans un établissement scolaire et dans le cadre d’un dispositif financé par des fonds publics. Cette maman d’élève a donc dû cesser sa participation, refusant d’ôter son voile. « La frontière est mince, c’est tout le problème de la laïcité. C’est un peu dommage, car ce n’est pas souvent que les parents essaient de s’impliquer », regrette Sandra De Almeida, responsable du secteur famille de VME. Les cours de français langue étrangère et le Clas sont parfois des espaces dont les centres sociaux et EVS se saisissent pour aborder le thème de la laïcité avec leurs adhérents, adultes et enfants. Le centre social L’Arche à Périgueux a même organisé une journée autour du vivre-ensemble et de la laïcité.
C’est donc l’ensemble du réseau qui est sensibilisé à ce sujet depuis l’année dernière. Les professionnels qui ont suivi la formation partagent ses enseignements avec leurs collègues, et le guide sur la laïcité est largement diffusé dans les structures. Il en va de même en Dordogne, où une formation identique a été dispensée en octobre 2024. Un axe de travail fort porté par la fédération des centres sociaux du Périgord, parce que, comme le résume Bérangère Lassevils : « La laïcité, c’est un espace qui permet d’être constructif, ça laisse une place à tous. C’est comme l’éducation populaire : c’est donner le pouvoir à chacun, dans un respect mutuel. La laïcité est émancipatrice ».
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